
J'ajoute sur mon blog
un article que j'avais effectué pour le site du
cinéphile à l'époque de la sortie salle du
Labyrinthe de Pan. Le grand oeuvre de Del Toro étant
gorgé de symboles ésotérique et
hermétique, en voici donc un humble glossaire non exhaustif
qui peut servir à mieux cerner les arcanes du
film.

(Pan / illustration de
Carlos Schwabe)
Pan (le faune) : Il est le dieu des
cultes pastoraux, d'apparence à moitié humaine,
moitié animale. Il est à l'affût des nymphes et
jeunes garçons qu'il assaille sans égard. Pan
signifie "tout", son nom lui fut donné par les dieux car il
incarne une tendance propre à tous l'univers. Son
père est Hermès. Son principal attribut est la
fécondité de la nature mais de nombreuses
qualités lui furent ajoutés dans les légendes
: médecin, guérisseur et prophète (il guide
Ofélia, énonce les règles des
épreuves initiatiques et guérit la mère
à l'aide d'un mandragore). La mort de ce dieu total
représente la fin du paganisme et des
anciennes pratiques ésotériques au profit du
christianisme. L'expression "Pan est mort" est devenu d'usage pour
exprimer la dissolution d'une société arrivée
au plus bas. Nous pourrions y voir une analogie avec le fait que le
franquisme traduit une descente de la société au
nadir, puisque le régime de Franco incitait à
l'obscurantisme, guidé par une raison conservatrice
- catholique.

(Labyrinthe de la
cathédrale de Chartres ou mandala)
Labyrinthe : Le labyrinthe a de
multiples interprétations. Il est le cheminement
vers le centre de soi - même, le seuil caché de
la personnalité et des profondeurs de l'inconscient. Pour
accéder en son milieu, il faut être
l'élu qui a passé les épreuves
d'initiations. La transformation du moi qui s'opère au
centre du labyrinthe marquera la victoire du spirituel sur le
matériel et de l'éternité sur
l'éphémère. Pas besoin de développer
davantage pour souligner l'image incarnée qu'en a
donné Guillermo Del Toro dans son film. (Pour les plus
entreprenant, voir la concordance entre l'image psychique
du mandala telle que Carl Gustav Jung l'a si brillamment
démontrée et la symbolique du
labyrinthe).
*mandala :
littéralement cercle en sanscrit, c'est une figure de
méditation intérieure et une
représentation symbolique de
l'univers.
Mandragore : c'est une des plantes
qui donnèrent lieu au maximum de superstitions et de
pratiques magiques. Dans la mesure où elle est pourvue d'une
racine nourricière, la mandragore signifie les vertues
curatives. On y trouve aussi dans les légendes populaires
son symbolisme de fertilité à condition qu'elle
soit traitée avec précaution et respect, tel que
le film s'attache à le montrer.
(Crapaud tiré
du film Labyrinthe de Pan)
Crapaud : Le crapaud est le petit
dragon, un équivalent infantile du monstre souterrain (tel
que représenté à l'écran). Il surgit
des profondeurs (de l'inconscient) dans certains contes. En
orient, il est un dévorateur de lune au moment des
éclipses (Ofélia = fille de la lune). Le crapaud
chtonien répugnant apporte dans sa gueule (ou son corps) la
boule solaire (la clé dans le film).
(Saturne dévorant ses enfants / tableau de
Fransisco de Goya)
Ogre : L'ogre de l'œuvre de Del
Toro rappelle évidemment le mythique Cronos (Saturne) qui
dévora ses propres enfants. Il est l'image de la force
aveugle et de la destruction. Il peut être vu comme l'image
du père qui souhaite conserver sa toute puissance (qui
s'applique parfaitement au personnage du capitaine Vidal). L'ogre
est aussi l'allégorie du temps qui s'engendre et se
dévore lui même (Ofélia est soumis au temps
durant l'épreuve via un sablier, la montre du
père de Vidal fige ce dernier dans un affect
passé et à la
mort).

Lune : Elle est un symbole
féminin et donc de fécondité car elle est
assimilée aux eaux primordiales (elle a engendré
Ofelia, cette dernière porte le sceau lunaire sur
l'épaule). Elle est aussi synonyme de temps qui passe,
de cycle vivant par ses phases successives et
régulières. Source d'innombrable mythes, c'est un
symbole cosmique inépuisable. La zone lunaire de notre
psyché est l'inconscient qui sommeille en nous, qui engendre
les rêves, les fantasmes et
l'imaginaire.
(Fée /
illustration de Arthur Rackham)
Fées : Maîtresse de la
magie, elle symbolise les pouvoirs et les capacités
merveilleuses de l'imagination. Les fées se montrent de
façon intermittente, bien que son existence soit continue,
tout comme les archétypes autonome de l'inconscient. Elle
est une messagère d'un monde caché, elle peut voyager
sous la forme d'un oiseau ou d'un insecte comme dans le
film.
La rose bleue : La rose bleue est
évoquée dans Le labyrinthe de Pan par le conte
qu'Ofelia narre à son petit frère. L'antinomie
qu'elle suscite aux yeux des hommes est dû
au fait qu'elle procure l'immortalité à qui s'en
saisit mais que ses épines diffusent la mort. La rose
bleue en alchimie est le figuré de l'impossible, ce
qu'exprime déjà littéralement le conte, le
film le met en scène à la fin. Pour atteindre
l'éternité et le trône de l'âme, il faut
bien sûr se saisir de la rose quitte à se tuer et
faire don de sa vie.
Cédric
GENTAZ
Deb
jeu 18 déc 2008 19:59