Au centre du mandala - Le labyrinthe de Pan  posté le samedi 30 août 2008 13:57


 

 J'ajoute sur mon blog un article que j'avais effectué pour le site du cinéphile à l'époque de la sortie salle du Labyrinthe de Pan. Le grand oeuvre de Del Toro étant gorgé de symboles ésotérique et hermétique, en voici donc un humble glossaire non exhaustif qui peut servir à mieux cerner les arcanes du film.

 

(Pan / illustration de Carlos Schwabe)

 Pan (le faune) : Il est le dieu des cultes pastoraux, d'apparence à moitié humaine, moitié animale. Il est à l'affût des nymphes et jeunes garçons qu'il assaille sans égard. Pan signifie "tout", son nom lui fut donné par les dieux car il incarne une tendance propre à tous l'univers. Son père est Hermès. Son principal attribut est la fécondité de la nature mais de nombreuses qualités lui furent ajoutés dans les légendes : médecin, guérisseur et prophète (il guide Ofélia, énonce les règles des épreuves initiatiques et guérit la mère à l'aide d'un mandragore). La mort de ce dieu total représente la fin du paganisme et des anciennes pratiques ésotériques au profit du christianisme. L'expression "Pan est mort" est devenu d'usage pour exprimer la dissolution d'une société arrivée au plus bas. Nous pourrions y voir une analogie avec le fait que le franquisme traduit une descente de la société au nadir, puisque le régime de Franco incitait à l'obscurantisme, guidé par une raison conservatrice - catholique.

 

 

(Labyrinthe de la cathédrale de Chartres ou mandala)

Labyrinthe : Le labyrinthe a de multiples interprétations. Il est le cheminement vers le centre de soi - même, le seuil caché de la personnalité et des profondeurs de l'inconscient. Pour accéder en son milieu, il faut être l'élu qui a passé les épreuves d'initiations. La transformation du moi qui s'opère au centre du labyrinthe marquera la victoire du spirituel sur le matériel et de l'éternité sur l'éphémère. Pas besoin de développer davantage pour souligner l'image incarnée qu'en a donné Guillermo Del Toro dans son film. (Pour les plus entreprenant, voir la concordance entre l'image psychique du mandala telle que Carl Gustav Jung l'a si brillamment démontrée et la symbolique du labyrinthe).

 
*mandala : littéralement cercle en sanscrit, c'est une figure de méditation intérieure et une représentation symbolique de l'univers.
Mandragore :  c'est une des plantes qui donnèrent lieu au maximum de superstitions et de pratiques magiques. Dans la mesure où elle est pourvue d'une racine nourricière, la mandragore signifie les vertues curatives. On y trouve aussi dans les légendes populaires son symbolisme de  fertilité à condition qu'elle soit traitée avec précaution et respect, tel que le film s'attache à le montrer.
(Crapaud tiré du film Labyrinthe de Pan)
Crapaud : Le crapaud est le petit dragon, un équivalent infantile du monstre souterrain (tel que représenté à l'écran). Il surgit des profondeurs (de l'inconscient) dans certains contes. En orient, il est un dévorateur de lune au moment des éclipses (Ofélia = fille de la lune). Le crapaud chtonien répugnant apporte dans sa gueule (ou son corps) la boule solaire (la clé dans le film).
(Saturne dévorant ses enfants / tableau de Fransisco de Goya)
Ogre : L'ogre de l'œuvre de Del Toro rappelle évidemment le mythique Cronos (Saturne) qui dévora ses propres enfants. Il est l'image de la force aveugle et de la destruction. Il peut être vu comme l'image du père qui souhaite conserver sa toute puissance (qui s'applique parfaitement au personnage du capitaine Vidal). L'ogre est aussi l'allégorie du temps qui s'engendre et se dévore lui même (Ofélia est soumis au temps durant l'épreuve via un sablier, la montre du père de Vidal fige ce dernier dans un affect passé et à la mort).
Lune : Elle est un symbole féminin et donc de fécondité car elle est assimilée aux eaux primordiales (elle a engendré Ofelia, cette dernière porte le sceau lunaire sur l'épaule). Elle est aussi synonyme de temps qui passe, de cycle vivant par ses phases successives et régulières. Source d'innombrable mythes, c'est un symbole cosmique inépuisable. La zone lunaire de notre psyché est l'inconscient qui sommeille en nous, qui engendre les rêves, les fantasmes et l'imaginaire.
(Fée / illustration de Arthur Rackham)
Fées : Maîtresse de la magie, elle symbolise les pouvoirs et les capacités merveilleuses de l'imagination. Les fées se montrent de façon intermittente, bien que son existence soit continue, tout comme les archétypes autonome de l'inconscient. Elle est une messagère d'un monde caché, elle peut voyager sous la forme d'un oiseau ou d'un insecte comme dans le film.
La rose bleue : La rose bleue est évoquée dans Le labyrinthe de Pan par le conte qu'Ofelia narre à son petit frère. L'antinomie qu'elle suscite aux yeux des hommes est dû au fait qu'elle procure l'immortalité à qui s'en saisit mais que ses épines diffusent la mort. La rose bleue en alchimie est le figuré de l'impossible, ce qu'exprime déjà littéralement le conte, le film le met en scène à la fin. Pour atteindre l'éternité et le trône de l'âme, il faut bien sûr se saisir de la rose quitte à se tuer et faire don de sa vie.
Cédric GENTAZ
lien permanent

La lutte contre le dragon  posté le jeudi 28 août 2008 22:52

(Siegfried tue Fafnir / illustration de Arthur Rackham)

  

Je vais ici revenir sur l'une des étapes fondamentales de la quête heroïque, la lutte du héros contre le dragon.

 

Que ce soit des demis dieux ou de simple mortel, il est commun et capital dans la plupart des mythes de voir le héros se confronter à la figure monstrueuse du dragon, c'est l'une des épreuves archétypiques et d'initiation des plus importantes. Le dragon à une puissance symbolique immense. Il apparait en premier lieu comme un gardien sévère, il est souvent détenteur d'un trésor caché. Ce trésor peut apporter au héros un pouvoir divin ou hors du commun (immortalité, compréhension du language des animaux comme avant la chute de l'Age d'or, invincibilité, secrets révélés, etc...).

 

(Shadow of the colossus / jeu video de Fumito Ueda)

 

Mais il est bien plus, le dragon est un symbole maléfique qui doit être assimilé bien entendu au serpent. Le serpent que l'on rend souvent résponsable de la perte de l'Age d'or de l'humanité et donc de l'immortalité (La Genèse, l'Epopée de Gilgamesh...). Passé dans l'inconscient collectif, le serpent est devenu énorme, crachant des flammes et réfugié dans le monde chtonien, il s'est progressivement transformé en dragon, comme une créature terré dans les ténèbres depuis la nuit des temps, un archétype universel. Ce paradigme est l'expression d'une lutte interne, le dragon représente clairement les peurs latentes de l'inconscient, les angoisses face à la vie et à l'inconnu, pour accomplir sa destinée le héros doit mettre en pièce cette épouvantable ombre tapis en lui.

 

(Persée décapitant Méduse / statue de Benvenuto Cellini)

 

Cette lecture double, à la fois physique et intérieur, peut aussi emprunter une 3ème voix symbolique, la dimension cosmique. Englouti dans le vente du monstre, ou perdu dans les méandres de la caverne, le héros se retrouve prit des limbes de la nuit, il doit effectuer une lutte qui mêle les élèments primordiaux. Le dragon crache le feu, il peut se trouver près d'une source d'eau, au milieu d'une forêt sinistre ou caché dans la terre, le héros est littéralement avalé par la nuit (le dragon à aussi une fonction d'ogre ultime). Il est l'obscurité dévorant le jour, le grand serpent des origines poursuivant le soleil dans sa course diurne. Pour que la lumière resurgisse des ténèbres, et que l'aurore dorée (le trésor) advienne, le héros doit dégager la voie, rejouer une sorte de lutte macrocosmique à l'échelle du microcosme.

 

(Héraclès contre l'Hydre de Lerne / tableau de Gustave Moreau)

 

Nombreux sont les héros mythologiques a avoir fait l'expérience de cette lutte. Siegfried tue Fafnir détenteur de l'or du Rhin, le sang du dragon lui permet de devenir invincible. Gilgamesh terrasse le monste des cédres Humbaba, Héraclès s'attaque à l'Hydre de Lerne gigantesque créature réptilienne à plusieurs têtes, Persée décapite Méduse dont le sang donne naissance à Pégase et fait jaillir des serpents de la terre, Tristan tue le grand Serpent crêté d'Irlande, Jason maîtrise le dragon qui garde la toison d'or, Thésée s'évade du labyrinthe et occis le Minotaure... Et il y a bien entendu Saint Georges qui domestique lui aussi un dragon, néanmoins dans ce cas, il ne s'agit pas d'un mythe païen antique mais chrétien, déplacant la sémantique de la confrontation vers le manicheisme primaire, du Bien contre le Mal, de l'Homme contre le Diable. Les monstres et dragons sont des chimères de l'âme qu'il nous faut dompter ou mettre à mort afin de découvrir les trésors de la vie dans toute leurs ambivalences, alors seulement ce qui nous paraissait caché sera révèlé.

 

Cédric GENTAZ

lien permanent

Les héros sont éternels - partie 2  posté le dimanche 24 août 2008 16:39


Voici la seconde partie du monomythe Campbellien, Le cycle cosmogonique. La ronde universelle du cycle se déplace vers la métaphysique et les grands principes philosophiques antique. Je vous conseille pour compléter et approfondir le sujet deux ou trois livres qui me semble essentiels. Aspects du mythe de Mircea Eliade, Au coeur des mythologies de Jacques Lacarrière, Histoire et dictionnaire : mythes et mythologie de Félix Guirand et Joël Schmidt. Pour les autres bonne chasse pour dénicher les bouquins de Joseph Campbell.

 

(Matrix revolutions / film des frères Wachowski)

 

Le cycle cosmogonique

 

  • De la psychologie à la métaphysique : Mythes et rêves sont étroitement liés. Nous avons vu dans La quête du héros que la psychanalyse apportait une signification au symbolisme de l’inconscient. Le cycle cosmogonique parle de la cosmo genèse et du Dieu démiurgique qui est à la fois en nous et en dehors. Il permet de rendre le cosmos métaphoriquement intelligible à l’humanité.

 

  • La ronde universelle : Le cycle cosmogonique est représenté comme une répétition d’une ronde sans fin. Chaque grande révolution comporte des dissolutions puis des régénérations. On peut y voir une figuration du rythme de l’univers à travers notre expérience du réel : les énergies épuisées pendant la journée sont régénérées lors du sommeil. Ainsi le cosmos décroît et doit être renouvelé.

 

  • Hors du vide, l’espace : Du vide primordial provient des émanations mystérieuses qui vont porter le cosmos. La première phase du cycle décrit la scission de l’informe en forme.

 

  • A l’intérieur de l’espace, la vie : Les émanations cosmogoniques permettent de délimiter le monde dans l’espace infini. Ensuite d’engendrer la vie à l’intérieur de ses limites, une vie polarisé (mâle/femelle) pour l’autoreproduction.

 

  • L’éclatement de l’unité en multiplicité : Le cycle poursuit sa révolution, et l’Un Immanent est divisé en multiple. Des dieux, des titans peuvent s’y affrontés, il arrive alors que la puissance germinatrice soit démembrée et qu’elle serve de charpente à la structure du monde. On passe de la tranquillité édénique aux effets périphériques. L’accès au paradis et à la félicité est à jamais perdu.

(Against the gods / illustration de Frank Frazetta)

 

 

  • La naissance virginale, la mère de l’univers : L’esprit de l’Un (du Père) qui procréer l’univers a besoin d’un intermédiaire transformateur pour pénétrer la multiplicité de la vie terrestre : c’est la mère du monde. Elle personnifie l’élément originel (généralement un symbole d’eau), et elle est vierge.

 

  • La matrice du destin : La déesse de l’univers apparaît aux hommes sous une multitude de formes contradictoires. Car la mère qui apporte la vie amène aussi la mort. Elle est considérée comme bienfaitrice ou comme diablesse hideuse. La ronde cosmogonique poursuit sa révolution et les formes primordiales deviennent humaines. Les puissances démiurgiques passent dans l’inconscient et ne sont plus qu’anachronisme métaphysique. Ainsi commence l’avènement du temps historique des hommes.

 

  • La matrice de la rédemption : La vie humaine est soumise à la temporalité (jour/nuit, saisons, années) sous la conduite des rois et des prêtres. La conscience se rétrécit aux formes visibles et matérielles de l’existence et perd la perspective qui conduit au-delà de l’horizon et du phénoménal. L’ego prend le dessus, les hommes sont alors dans l’attente d’un élu qui sera l’incarnation divine. Seule une vierge peut porter le futur messie rédempteur des pêchés et de la perdition humaine.

 

  • La vierge mère dans les traditions populaires : Le Bouddha descendit du ciel dans le sein de sa mère sous la forme d’un éléphant blanc. Dans la bible, Marie tombe enceinte par le Saint Esprit. La fécondation miraculeuse de la vierge rejoue la scène de la procréation cosmique à l’échelle humaine. Lorsque l’heure du destin sonne un héros rédempteur est conçu. Nombreux sont dans les légendes populaires comme dans les mythes les récits de naissance virginale.

(La bible / illustration de Simon Bisley)

 

  • Le héros primordial et l’être humain : La ronde cosmogonique poursuit son cours mû non plus par les déités créatrices mais par les héros anthropomorphiques. La mythologie se mélange à la préhistoire incertaine et la création devient légende et non plus vérité. Les héros finissent par abandonner le caractère magique de leur quête pour déboucher sur le temps historique ordinaire.

 

  • Enfance du héros humain : Un héros humain doit naître afin d’expérimenter consciemment les étapes antérieurs du cycle cosmogonique et donc remonter jusqu’à la Source originelle de l’univers. Sa seconde tâche est de revenir à la vie contemporaine et de métamorphoser les sens et les formes. Son enfance est généralement présentée comme une prédestination à son rôle, avec une succession d’évènements fantastique et merveilleux. On y retrouve souvent les thèmes de la jeunesse passée en exil, avant le retour miraculé. L’enfant est affublé d’une force et d’une sagesse précoce.

 

  • Le héros guerrier : Le lieu de naissance du héros est souvent considéré comme le nombril du monde, car ses actes vont se propager comme des ondes. Le héros mythologique surgit de la lumière pour vaincre un ennemi puissant et solidement établi sur le trône du pouvoir qui détourne à son profit l’autorité que lui confère sa position. Le tyran est orgueilleux, là réside sa perte. L’acte héroïque consiste à le mettre en pièces, à dégager la voie afin que le devenir et la vie se réenclenche à l’intérieur du cycle.

 

  • Le héros amant : Abattre l’ennemi – le monstre pour libérer l’énergie vitale peut être symboliquement représenté par une femme. Elle est la princesse victime d’un rapt, une vierge immaculée convoitée personnifiant l’autre partie du héros, car chacun des deux est un. Les barrières, les enclaves qui empêchent la célébration des noces du héros se retrouvent de tous temps dans les récits mythologiques.

 

  • Le héros empereur et le héros tyran : Le héros en action est l’agent du cycle, il perpétue l’élan initial qui mit le monde en mouvement dans l’existence passagère de l’homme, jusqu’à l’accomplissement inévitable. Le héros suprême est celui qui dessille les yeux de ses semblables. Il utilise non pas l’épée (le physique) mais la transcendance de l’esprit (le spirituel). Quand la quête de l’élu a pour but la découverte du Père, le héros qui réussit à obtenir sa bénédiction revient en le représentant auprès de l’humanité. Mais il peut arriver que l’empereur bienfaiteur devienne tyran lorsque l’ego gonfle au point de revendiquer ses actes philanthropiques pour sa seule personne. Il rompt alors la parole de l’Unique, il n’est plus médiateur des deux mondes.

 

  • Le héros rédempteur : Le héros rédempteur est la plus haute signification possible. C’est ceux qu’on appel des incarnations. Leurs mythes atteignent une dimension cosmique. L’incarnation a pour tâche de réfuter les prétentions égoïstes car il est une manifestation qui émane directement de la Source. Les rédempteurs sont là pour racheter une période de désolation causé par la main de l’homme. Car le cycle cosmogonique se présente sous une alternance régulière de bien et de mal. Ainsi est le rythme de l’univers : émanation – dissolution, jeunesse – vieillesse, naissance – mort, jour – nuit. Afin d’éviter qu’à son tour le héros ne devienne tyran, il faudra qu’il se crucifie lui-même : devenir martyr. C’est la sagesse contenue dans la fin et le recommencement éternel de l’univers. L’alpha et l’oméga.

 

(La vie de Bouddha / manga de Osamu Tezuka)
 
 
 
  • Le héros saint : Le dernier modèle du héros est le saint, l’ascète qui renonce au monde. Se libérant de toute contrainte matériel et de son ego, engagé dans la méditation, paisible dans sa solitude, il s’unit à l’Unique Immanent. Il s’agit toujours de la quête du Père mais sous son aspect non manifesté. Ces héros qui dépassent la vie sont aussi au dessus du mythe, car les mots deviennent inadéquats au-delà des formes tangibles. Lorsque le profil caché du grand Visage se révèle, seul le silence demeure.

 

  • Le départ du héros : C’est le dernier acte de la biographie du héros, celui de sa mort. Car le héros véritable ne craint pas la mort, et lorsque celle-ci vient, la portée universelle de son message est libérée, c’est l’accomplissement du destin inévitable. Parfois le désir de vivre est si hardant que le héros peut résister à la létalité et la reporter pendant un temps.

   

  • Fin du microcosme : Le héros doué de pouvoirs extraordinaires est chacun de nous. Non pas l’être physique mais la transcendance qu’il renferme. Une fois le héros trépasser, son âme retourne vers la connaissance de la déité créatrice du monde, qui durant son existence s’est réfléchie dans son cœur et son esprit. L’âme doit faire dans certains mythes un dangereux voyage d’obstacles à surmonter afin de faire un tour complet des périodes du cycle. Elle peut ensuite parcourir l’ensemble de l’univers à son gré.

 

  • Fin du macrocosme : Comme l’être humain dans sa forme créé, l’univers est lui aussi appelé à se dissoudre. Ce sont les mythes eschatologiques qui sonnent la fin d’une des périodes du cycle cosmogonique jusqu’à l’émergence de nouvelles émanations ou de sa régénération.

(The legend of Zelda, Ocarina of time / jeu video de Shigeru Miyamoto)

 

Ainsi s’achève Le cycle cosmogonique au sein duquel on l’a vu le héros se met en marche afin d’en expérimenter toutes les strates antérieurs et remonter jusqu'à la Source primordiale. Le diagramme du cycle cosmogonique est à la fois plus profond (car difficilement appréhendable par l’esprit humain) et plus simple dans sa ronde parcourue dans un élan de circonvolution. Il se structure inlassablement ainsi : « Emanations, manifestations, dissolutions ».

Cédric GENTAZ

(Un merci discret mais précieux à Rafik Djoumi).

lien permanent

Les héros sont éternels - partie 1  posté le jeudi 21 août 2008 20:13


Comme il est impossible de trouver les ouvrages du grand mythologue américian Joseph Campbell en france, sinon à des prix de fous furieux, je me permets de poster sur mon blog (désolé pour la mise à jour très tardive) la première partie de la synthèse que j'avais faite du livre The hero with thousand faces (Le héros aux milles visages). Vous allez me dire : "Quel rapport avec le ciné ?". Et bien vous remarquerez que la structure archetypique du monomythe héroïque tel que décrit dans l'exégèse du professeur Campbell, est une source inépuisable d'influence pour le cinema hollywoodien (oui vous vous doutiez bien que je n'allais pas vous parlez des drames intimistes français). Voici donc la partie première, intitulé : La quête du héros.  A noter qu'il s'agit d'une reprise d'une synthèse que j'avais déjà publié sur le forum du site Mad Movies.

 

 (Excalibur / film de John Boorman)

 

 La quête du héros

 

  • L’appel de l’aventure : Le héros reçoit un signe, soit par maladresse, soit parce qu’il y était destiné. Il arrive aussi que cela soit le fruit d’un hasard. Contes et mythes ont souvent présenté cet appel – ce signe d’une façon polymorphe. C’est la première étape qui alerte le héros.

 

  • Le refus de l’appel : Il n’est pas rare de voir le personnage principal refuser l’appel, le laisser sans réponse. Cela revient à transformer l’aventure en négation. Le héros prisonnier de son labeur ou de ses intérêts personnels réagit en une introversion.

 

  • L’aide surnaturelle : Ceux qui n’ont pas refusé l’appel et qui ont entrepris l’aventure héroïque trouve comme première personne sur leur chemin, une figure protectrice qui a une influence bienveillante. L’aide surnaturelle peut être aussi bien masculine que féminine. Le héros commence à découvrir alors les forces de l’inconscient, car des changements s’amorcent sur sa psyché sans qu’il en ait conscience.

 

  • Le passage du premier seuil : Sous la conduite de l’aide bienfaitrice, le héros poursuit sa route vers les régions obscurs (l’inconscient) et va devoir vaincre le gardien du seuil, qui cache les sphères inconnues du monde du regard. Il progressera ainsi au – delà des limites interdites pour pénétrer une nouvelle zone d’expérience.

 

  • Le ventre de la baleine (ou la caverne) : Il est commun de voir dans les mythes et contes, le héros être englouti dans le ventre du monstre ou devoir pénétrer et traverser une caverne, voir une foret obscure. Le héros au lieu de vaincre le gardien du seuil est absorbé dans l’inconnu et semble mort. En terrassant le gardien – ou s’échappant de la grotte – il accomplit une catharsis imagée de son propre ego et de ses démons intérieurs. C’est une renaissance.

 

  • Le chemin des épreuves : Une fois le seuil franchi, le héros doit survivre à une succession d’épreuves. Il utilise les amulettes que l’aide surnaturelle lui a fournit, ou il découvrira qu’une force inconnue le guide et le soutien dans son voyage surhumain. Le héros entreprend une traversée dangereuse dans les ténèbres et dans soi même. Un monde chargé de symboles s’ouvre à lui. Le long chemin des épreuves est périlleux, marqué de victoires initiatrices pour à terme mettre à mort le dragon (l’ego).

 

 (Siegfried / Bd de Alex Alice)

 

  • La rencontre avec la déesse : Après avoir vaincu les ogres, le héros triomphant s’unit à la déesse du monde (princesse ou reine) qui manifeste le complexe d’Œdipe enfouit en chacun de nous. La femme représente d’une façon métaphorique dans les mythes, à la fois un réconfort mais aussi un danger tentateur. La rencontre avec la déesse représente l’épreuve finale ou se joue l’aptitude du héros à obtenir le don d’amour, de vie et d’éternité.

 

  • La femme tentatrice : Le mariage célébré avec la déesse signifie que le héros est maître de son destin. Il a libéré le champ de sa conscience, il prend ainsi la place du père (du roi). Mais lorsque un sentiment de répulsion pour la chaire – la luxure empêche l’âme de s’épanouir, la femme n’est plus un symbole de victoire et d’union mais de défaite. La déesse se transforme en sorcière du pêché. Il faut pour trouver la vie, dépasser la figure de la mère (du complexe d’Œdipe) qui retient prisonnière le moi du héros.

 

  • La réunion au père : L’aspect courroucé du (P)père est un reflet de l’ego. Le héros soutenu par la déesse doit comprendre que le père (roi) est aussi miséricordieux. Mère et père se réfléchissent l’un dans l’autre. Le héros qui ouvre son esprit à un degré de maturité transcende l’obscurité, aperçoit le visage occulté du père et ils sont ainsi réunis.

 

  • Apothéose : Le héros humain lorsqu’il a dépassé les derniers stades de l’ignorance et de l’angoisse accède à l’illumination. Il atteint la vérité universelle, tous les êtres humains viennent de la Source Immanente et celle – ci vit en nous. Nous sommes tous frères. Les couples d’opposés masculin/féminin (l’androgynie primordiale) sont anéantis, les paradoxes de la création volent en éclats.

 

  • Le don suprême : Pour acquérir le don d’élixir, le héros doit surmonter un obstacle terminal. Si il est l’élu, il sera soutenu par les divinités. Mais il arrive qu’il doive s’en emparer par la ruse si les dieux lui sont défavorables. Le don suprême est toujours un symbole d’énergie vitale à la mesure des besoins spécifiques du héros. Il découvre parfois que le pouvoir véritable était latent en lui.

 

  • Le refus du retour : Ayant atteint le but de sa quête, le héros doit revenir avec son trophée qui a pouvoir de guérison et/ou de transformation, afin d’en faire profiter sa collectivité et le monde. Il arrive malheureusement que cette responsabilité soit refusée.

 

(Star Wars - L'empire contre attaque / film de Irvin Kershner)

 

  • La fuite magique : Si l’élu s’empare du don avec la bénédiction de la déesse ou du dieu, il est ensuite chargé explicitement de retourner vers sa communauté. Il emprunte un chemin sûr soutenu par les forces protectrices. Mais si le héros s’est emparé de l’élixir contre la volonté des déités, alors il doit fuir dans une poursuite mouvementée semée d’obstacles.

 

  • La délivrance venue de l’extérieur : Il arrive que le héros reçoive de l’aide extérieur afin de rentrer chez lui. Car il est souvent difficile de renoncer à la félicité touchée pour revenir à la dispersion du monde. C’est le point crucial de l’aventure, l’étape difficile du passage du royaume mystique au retour du gris quotidien. Chargé de son trophée, le héros retrouve des hommes qui pensent être le centre du monde, alors qu’il a lui-même mit son ego à mort. Le sens de la quête héroïque – mystique est souvent incompris de la société.

 

  • Le passage du seuil au retour : Pour que son aventure aboutisse, le héros doit survivre à la violence du choc que provoque son retour. Les deux mondes : celui des dieux et celui des hommes sont séparés, en réalité cependant les deux royaumes n’en forment qu’un. Le domaine divin est une région oubliée du monde que nous connaissons, obstrué à notre conscience. Cela signifie que le héros est maintenant appelé à harmoniser les deux mondes.

 

  • Maître des deux mondes : Le héros peut librement circuler entre les deux royaumes. Il dévoile la totalité du mystère des dieux à l’humanité (il ouvre le royaume de l’Impérissable dans le cœur), il devient guide et les hommes ses disciples.

 

  • Libre devant la vie : Le héros qui a opéré la réconciliation de la conscience individuelle avec la volonté universelle est le maître du devenir et non de ce qui fut, il est le vecteur des transformations.

(Princesse Mononoké / film de Hayao Miyazaki)

 

A suivre...

 

Cédric GENTAZ

lien permanent

Speed Racer, slow down !  posté le lundi 21 avril 2008 21:54

Speed Racer, slow down !

 

Comme je vous l'avais promit la dernière fois, je vais vous parlez de Speed Racer (adaptation live de la série animée japonaise éponyme créer par Tatsuo Yoshida) que Larry et Andy Wachowksi viennent juste de finaliser pour la sortie nord américaine prévu le 8 mai prochain. De notre côté chers lecteurs français il faudra patienter jusqu'au 18 juin pour pouvoir admirer le bolide plastique orgiaque que s'annonce Speed Racer.

 

Etant donné que nous n'avons pour le moment aucune info visuelle sur Avatar de James Cameron, excepté que le film devrait mélanger à peu près tout ce qui se fait en matière de SFX et de nouveaux procédés de mise en scène et bien plus encore, il nous faut nous concentrer sur notre futur le plus immédiat de notre medium chéri, je veux bien entendu parler de Speed Racer pour les retardataires.

A la vue des différents trailers, les internautes geek toujours avide de lançer des avis péremptoires sur leur infini savoir du language cinematrographique, n'ont pas hésité à qualifier et à éthiqueté Speed Racer comme simple rejeton de Spy Kids de Robert Rodriguez, ou encore de Charlie et la chocolatrie de Tim Burton, prouvant par la même leur total incompréhension a saisir un dispositif de mise en scène pensé. Car il est inutile de voir Speed Racer pour affirmer haut et fort qu'un seul plan du film des frères Wachowski vaut bien dix Spy Kids en brochette.

 

 

En bon petit branleur, Rodriguez n'a jamais ajusté les moyens expressifs des possiblités de sa caméra sur ses environnements texturés de la trilogie Spy Kids. Il s'est contenté de poser sa mise en scène inerte sur des surfaces sans relief qui ont pour effet de désamorcer les specificités du support, résultat ? Aplanissement des surfaces, pas d'organisation du regard dans la profondeur de champ et des perspectives (encore faudrait il qu'il y en aient !), et une vitalité du ressenti inexistante. Soit exactement tout l'inverse de la démarche artistique des Wachowski. La preuve la plus éclatante étant justement les trailers incriminés, pour ceux qui savent lire entre les images la claque est juste monumentale (on peut le dire sans trop se mouiller c'est même du jamais vu !).

 

Non content de botter le cul à leurs concurrents en leur montrant comment faire joujou avec du numérique (utilisant la technique de la 2D 1/2 poussée dans ses retranchements, mélange sophistiqué d'acteurs réels filmé sur des fonds verts et un système de projection en direct à 360°), un contingent de 300 animateurs travaillent comme des acharnés afin de retranscrire aux traits près les effets d'accélérations des lignes de fuite propre à toute animé japonais. Là où un Rodriguez aurait planté sa caméra sans recherche sensorielle, les Wachowski accompagne l'impulsion des effets à l'aide d'une profondeur de champ multicouche et des mouvements de caméra révélant toute une science de construction du cadre qui laisse très loin les petits faiseurs comme Rodriguez et Snyder (300 même inertie de la réalisation que dans Spy Kids et Sin City, impossibilité totale de penser en tridimension) pour ne citer qu'eux. Exemple sur la photo en dessous : gros plan sur le personnage de Speed Racer, ligne de fuite qui accélère à l'arrière plan, pano de la caméra de gauche à droite, le personnage laisse entrevoir un second arrière plan d'une course dont il est le pilote principal sur du sable avec une perspective fossée par des virages monstrueux, renforcant la profondeur de champ.

   Pour ce qui est de l'esthétique de Charlie et la chocolatrie, laissons les images parlées d'elle même, si ce n'est un univers coloré on ne voit absolument aucun rapport entre les deux oeuvres que ca soit dans leur partie pris plastique, aussi bien que dans leur ambition, même si les deux peuvent se vanter de taper dans la catégorie tout public. Il ne faudrait pas voir à mélanger le rococo de fêtes foraine à une oeuvre pop revendiqué. A la fusion de divers media Speed Racer semble bien parti pour synthétisé avec une éclatante audace près de 10 - 15 ans de tripatouillages dans les adaptations plus ou moins glorieuses de bds, mangas, comics et animés en live, et ainsi livrer le film terminal ou séminal du genre. Réponse sur la ligne de départ le 18 juin, vroum, vroum...Here we go !

Cédric GENTAZ

lien permanent