
Nausicaa de la vallée du vent
(Analyse)
Je vais analyser ici la scène finale du chef d’œuvre du sensei japonais Hayao Miyazaki nommé Nausicaa de la vallée du vent (1984). Ce film séminal qui donne aux autres œuvres du maître une future cohésion thématique nous convie déjà à une apothéose sémantique dans sa conclusion, qui n’est rien de moins qu’une hiérophanie.
Il faut pour cela citer le grand mythologue Mircea Eliade : «Dans l'étendue homogène et infinie, où aucun point de repère n'est possible, dans laquelle aucune orientation ne peut s'effectuer, la hiérophanie révèle un «point fixe» absolu, un «centre». » (Le sacré et le profane).
Nous allons ainsi voir par quel procédé sémiotique Nausicaa à marqué des générations de spectateur, son héroïne se retrouvant en tête des personnages préférés des japonais pendant plus de 15 ans. Miyazaki a eu l’intelligence de faire de son film un strict récit mythologique qui a admirablement servit la puissance de son histoire. Le manga est beaucoup plus vaste dans les domaines qu’il aborde, passant allégrement des mythes à la philosophie pour terminer sur la théologie et l’évolutionnisme, rien de moins.
Mais revenons à ce qui nous intéresse, la fin du film. Alors que l’héroïne est prête à se sacrifier afin de sauver un bébé Omu ainsi que son peuple piégé, la charge des insectes géants à raison de sa bienveillance. Les Omus finissent par se calmés et forment un cercle autour de la princesse étendue sans vie. Comme dans l’attente d’un miracle, l'atmosphère s’est suspendue : temps, mouvement et son. Soudain Nausicaa est portée jusqu’aux cieux par les membranes dorées des Omus qui guérissent ses blessures. Elle se réveille alors sur un champ d’or, marchant les bras en croix sur un tapis lumineux céleste réalisant ainsi la prophétie messianique de l’Elu venu rétablir le lien manquant entre les hommes et la Terre.
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Une telle conclusion relève du domaine du sacré dont les archétypes foisonnant ont nourrit le tronc commun de l’inconscient de l’humanité depuis la nuit des temps. Nous pouvons sans hésiter affirmer que Nausicaa dans cette position en croix représente ni plus ni moins que l’Axis mundi, autrement dit le centre du monde. Le lieu ou se trouve symboliquement la montagne sacrée ou l’arbre de vie, où se rejoigne le ciel et la terre, position bien entendu privilégier des théophanies. Il est à noter que le centre du monde est souvent figuré par une élévation : montagne, colline, arbre, omphalos… . Il est le foyer d’où part le mouvement de l’un vers le multiple, de l’homme à l’univers. Nausicaa opère la réconciliation de la conscience individuelle à la volonté universelle.

Si en plus de cela on place une croix au sommet de l’Axis mundi, cela donne une dimension cosmique à la mission salvatrice de l’Elu. La croix est le plus totalisant des symboles, donnant un côté ascensionnel et transcendant. La résurrection de Nausicaa est ainsi semblable à celle du Christ (loin de moi l’idée de faire du film une relecture chrétienne, il ne s’agit que d’une analogie symbolique), le messie ou la déesse triomphe de la mort par la croix. Notons aussi que la croix ansée égyptienne est l’un des attributs d’Isis celle là même que l’on représente ailée et dont on retrouve l’équivalent au générique de début sur l’une des tapisseries, ou Nausicaa est figurée avec… des ailes ! Isis dont le nom signifie : « Celle qui est sur le trône », autrement dit la déesse universelle.

Le nombril du monde que représente Nausicaa ressuscitée est le lieu d’où la lumière se manifeste dans toutes les directions. Elle devient le point de jonction central entre les 3 niveaux : céleste, terrestre et inférieur, une allégorie pérenne de l’arbre de vie. Un sommet s’élevant dans le ciel figure la résidence solaire, les forces vitales ainsi que le destin de l’humanité (aller de bas en haut). La couleur dorée de cette colline organique renforce la pureté hiératique de l’instant d’éternité qui se joue. Le jaune est la couleur de la terre fertile, soulignant la corrélation profonde qui lie Nausicaa au vivant. La lumière d’or est un médiateur entre les hommes et le divin. Etant d’essence divine, l’or devient sur terre l’attribut des puissances en éveille, donc celle des élus. Enfin en Egypte, le jaune est souvent associé au bleu (la couleur même du sang des Omus qui recouvrent les habits de la princesse), pour assurer la survie de l’âme. L’association de ses symboles multi – millénaire rend la révélation suprême éclatante ouvrant une dialectique « magique » au plus profond de ce qui nous est commun en tant qu’être humain.

Cette courte analyse sémantique, ne doit pas empêcher le simple plaisir de la (re)découverte d’une œuvre dont l’impact majeur sur l’histoire du cinéma (les frères Wachowski et James Cameron en savent quelque chose) et l’inconscient collectif de son audience n’a jamais été démenti en plus de 25 ans.
Cédric GENTAZ







