Nausicaa de la vallée du vent (analyse)  posté le dimanche 07 février 2010 23:22

Nausicaa de la vallée du vent

(Analyse)

 

Je vais analyser ici la scène finale du chef d’œuvre du sensei japonais Hayao Miyazaki nommé Nausicaa de la vallée du vent (1984). Ce film séminal qui donne aux autres œuvres du maître une future cohésion thématique nous convie déjà à une apothéose sémantique dans sa conclusion, qui n’est rien de moins qu’une hiérophanie.

 

Il faut pour cela citer le grand mythologue Mircea Eliade : «Dans l'étendue homogène et infinie, où aucun point de repère n'est possible, dans laquelle aucune orientation ne peut s'effectuer, la hiérophanie révèle un «point fixe» absolu, un «centre». » (Le sacré et le profane).

 

Nous allons ainsi voir par quel procédé sémiotique Nausicaa à marqué des générations de spectateur, son héroïne se retrouvant en tête des personnages préférés des japonais pendant plus de 15 ans. Miyazaki a eu l’intelligence de faire de son film un strict récit mythologique qui a admirablement servit la puissance de son histoire. Le manga est beaucoup plus vaste dans les domaines qu’il aborde, passant allégrement des mythes à la philosophie pour terminer sur la théologie et l’évolutionnisme, rien de moins.

 

 

 

Mais revenons à ce qui nous intéresse, la fin du film. Alors que l’héroïne est prête à se sacrifier afin de sauver un bébé Omu ainsi que son peuple piégé, la charge des insectes géants à raison de sa bienveillance. Les Omus finissent par se calmés et forment un cercle autour de la princesse étendue sans vie. Comme dans l’attente d’un miracle, l'atmosphère s’est suspendue : temps, mouvement et son. Soudain Nausicaa est portée jusqu’aux cieux par les membranes dorées des Omus qui guérissent ses blessures. Elle se réveille alors sur un champ d’or, marchant les bras en croix sur un tapis lumineux céleste réalisant ainsi la prophétie messianique de l’Elu venu rétablir le lien manquant entre les hommes et la Terre.

 

 

Une telle conclusion relève du domaine du sacré dont les archétypes foisonnant ont nourrit le tronc commun de l’inconscient de l’humanité depuis la nuit des temps. Nous pouvons sans hésiter affirmer que Nausicaa dans cette position en croix représente ni plus ni moins que l’Axis mundi, autrement dit le centre du monde. Le lieu ou se trouve symboliquement la montagne sacrée ou l’arbre de vie, où se rejoigne le ciel et la terre, position bien entendu privilégier des théophanies. Il est à noter que le centre du monde est souvent figuré par une élévation : montagne, colline, arbre, omphalos… . Il est le foyer d’où part le mouvement de l’un vers le multiple, de l’homme à l’univers. Nausicaa opère la réconciliation de la conscience individuelle à la volonté universelle.

 

 

Si en plus de cela on place une croix au sommet de l’Axis mundi, cela donne une dimension cosmique à la mission salvatrice de l’Elu. La croix est le plus totalisant des symboles, donnant un côté ascensionnel et transcendant. La résurrection de Nausicaa est ainsi semblable à celle du Christ (loin de moi l’idée de faire du film une relecture chrétienne, il ne s’agit que d’une analogie symbolique), le messie ou la déesse triomphe de la mort par la croix. Notons aussi que la croix ansée égyptienne est l’un des attributs d’Isis celle là même que l’on représente ailée et dont on retrouve l’équivalent au générique de début sur l’une des tapisseries, ou Nausicaa est figurée avec… des ailes ! Isis dont le nom signifie : « Celle qui est sur le trône », autrement dit la déesse universelle.

 

 

 

Le nombril du monde que représente Nausicaa ressuscitée est le lieu d’où la lumière se manifeste dans toutes les directions. Elle devient le point de jonction central entre les 3 niveaux : céleste, terrestre et inférieur, une allégorie pérenne de l’arbre de vie. Un sommet s’élevant dans le ciel figure la résidence solaire, les forces vitales ainsi que le destin de l’humanité (aller de bas en haut). La couleur dorée de cette colline organique renforce la pureté hiératique de l’instant d’éternité qui se joue. Le jaune est la couleur de la terre fertile, soulignant la corrélation profonde qui lie Nausicaa au vivant. La lumière d’or est un médiateur entre les hommes et le divin. Etant d’essence divine, l’or devient sur terre l’attribut des puissances en éveille, donc celle des élus. Enfin en Egypte, le jaune est souvent associé au bleu (la couleur même du sang des Omus qui recouvrent les habits de la princesse), pour assurer la survie de l’âme. L’association de ses symboles multi – millénaire rend la révélation suprême éclatante ouvrant une dialectique « magique » au plus profond de ce qui nous est commun en tant qu’être humain.

 

 

 Cette courte analyse sémantique, ne doit pas empêcher le simple plaisir de la (re)découverte d’une œuvre dont l’impact majeur sur l’histoire du cinéma (les frères Wachowski et James Cameron en savent quelque chose) et l’inconscient collectif de son audience n’a jamais été démenti en plus de 25 ans.

 

 Cédric GENTAZ

 

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La Walkyrie  posté le lundi 31 août 2009 13:04


 

 

C'est fait Siegfried II - La Walkyrie d'Alex Alice est sortie chez tous les libraires de France le 28 aout dernier. Après presque deux ans d'attente, il est temps de repartir à l'aube des temps, ou la fôret de l'est au bout du monde est encore habité par les esprits des origines, ou les éléments se fondent à la terre et l'homme à son inconscient.

 

Le premier volume de Siegfried était un modèle de mise en place, un chef d'oeuvre esthétique d'une puissance écrasante. La question était de savoir si Alice pourrait tenir la barre aussi haute par la suite. Bien entendu pour ceux qui avait décrypté les intentions de l'auteur à travers l'interview de la verison collector, la bande annonce et ce premier chapitre, le doute n'était pas permit. Coupons net à toute spéculation d'ordre critique, Siegfried II - La Walkyrie est de nouveau une formidable leçon de bande dessinée qui écrase 95% de la concurrence fantasy sur le marché. Alice à un talent de story teller incroyable, couplé à une mise en page et un dessin d'une expressivité digne d'un story board de cinema (on pense graphiquement souvent à Legend de Ridley Scott). Alice sait utiliser la largeur aussi bien que la hauteur de ses planches (voir pages 38/39 et 60). Ajoutez à cela une influence du romantisme picturale allemand à la Caspar David Friedrich, des personnages iconiques gravés dans le marbre à la Frank Frazetta (La Walkyrie blème de teint à la chevelure rousse est la déesse fantasmée de mes nuits), et on a là une oeuvre d'heroic fantasy à l'aura définitive, appelé à faire autorité.

 

 

Ce deuxième volume suit le parcous initiatique de Siegfried à travers le monde, de la traversée de la forêt interdite et des marécages (la rencontre avec la sorcière est l'une des meilleures scènes de l'album, on vous laisse la suprise de la découvrire, mais Alice à parfaitement réussit à intégrer le symbolisme psychologique et mythologique de cette séquence), jusqu'au territoire des géants et ses pics vertigineux. La confrontation au dragon (Fafnir) est donc repoussée au chapitre final Le crépuscule des dieux, dont la sortie est prévue normalement fin d'année prochaine. Mais il y a suffisament à faire avec ce second chapitre pour prendre notre mal en patience. La relation Siegfried / Mime est merveilleuse, c'est un vrai plaisir de voir ces deux là se chamaillés, les différents lieux visités sont d'une beauté à la fois chaleureuse et glaciale (en parfaite collération avec la cosmoginie nordique) et suscite l'emerveillement ainsi que l'envie pressente de rejoindre Siegfried et de suivre ses pas. Alice à également su contourner le piège de la représentation des géants, il en donne une version animiste subtile sans anthropomorphisme outrancié (il y a même un petit clin d'oeil à L'oiseau de feu de Stravinsky avec le geant du vent !). Un appel à l'aventure que nul aficionado de fantasy ne peut refuser. Plongez à nouveau dans le mythe à l'état brut, dans cet unviers archétypique ou rêve et réalité se confondent et ou ciel et terre s'accouplent sous les rayons d'un soleil couchant, beau comme une tragédie d'opéra... wagnérien bien sur  !

 

Cédric GENTAZ

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Hic sunt dracones - Ici sont les dragons  posté le lundi 25 mai 2009 23:27

 

(couv' de la version simple de Siegfried II customisé en carte de voeux 2009 sur le blog d'Alex Alice !)

 A défaut d'avoir une actualité cinematographique intéressante qui nous ferait changer compulsivement de caleçon, bande de pov geek que nous sommes, ils nous arrivent de nous rabattre sur d'autre voie culturelle. En attendant la sortie de Siegfried II - La Walkyrie d'Alex Alice qui doit débarquer chez tous les libraires de france le 28 aout prochain (en version simple uniquement, la collector est annoncée en novembre !), j'ai dégoté une perle passée totalement inaperçue lors de sa parution. J'en profite pour faire une petite aparté sur l'adaptation en long métrage animé de Siegfried qui avait été apparement annulé à en croire certains sites, il semblerait que le projet ait été reprit en main par un nouveau studio Pumpkin Factory. Si vous souhaitez voir une nouvelle version du trailer remonté et étalonné en 2K c'est par ici : http://www.yenaphe.info/tag/alex-alice/

 

(Marduk s'avance vers le serpent cosmique Tiamat. Illustration d'un mythe cosmogonique sumérien et babylonien par John Howe)

Passons maintenant à ma petite découverte, il s'agit d'un bouquin / encyclopédique de John Howe illustré et commenté sur les dragons, avec une préface d'un certain Guillermo Del Toro, rien de moins.  Le livre à pour avantage de couvrir un large spectre d'influence, que ce soit des dragons d'ordre cosmique (Tiamat, Apophis), symbolique (Ouroboros), mythologique (Fafnir, le dragon de Beowulf, Melusine, le dragon de Saint Georges), ou d'oeuvres contemporaines (JRR Tolkien, Robin Hobb) tout y passe pour notre plus grand bonheur. Avec sa modéstie et son érudition habituelle, John Howe dresse pour chaque illustration un bilan critique de son travail, avec la note d'intention et son exécution, fascinant pour les apprentis dessinateurs ou simple passionné. Archétype multi-millénaire dont l'origine se perd dans la nuit des temps, le dragon pourrait bien être un des plus anciens symboles hiératique de l'humanité (le cercle = l'ouroboros). Remontant aux sources de l'inconscient collectif, il est le chaos primordial et le gardien de bien des mystères et trèsors, il crée autant qu'il détruit, il était là au premier instant de l'univers et y sera encore à la fin de toute choses. Consubstantiel à l'homme, il est autant craint que vénéré, son feu est sacré et anime chacun d'entre nous qui croit encore au pouvoir du mythe exprimant des paraboles et interactions psychique au delà du language commun. D'ou sa grande puissance symbolique universelle. Un ouvrage indispensable à tous féru d'heroïc fantasy et de beau livre en général. Pour les initiés : "Ici sont les dragons".

(Dragons de John Howe édité par Fleurus)

 

Cédric GENTAZ

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Joe Hisaishi concert Budokan  posté le lundi 16 mars 2009 23:19

(La video choisie est une spéciale dédicace pour mon bro' qui va grave kiffer.)

L'été dernier en aout 2008, Joe Hisaishi, le plus grand compositeur japonais vivant à donner une suite de 3 concerts pour fêter les 25 ans de collobaration avec le plus grand réalisateur japonais en activité Hayao Miyazaki San ! Le tout a eu lieu au Nippon Budokan de Tokyo.

  

Les concerts étaient composés de plus de 200 musiciens et 400 choristes. Au programme des réjouissances, les main themes entre autre de Nausicäa de la vallée du vent, Mon voisin Totoro, Kiki la petite sorcière, Princesse Mononoké, Le château dans le ciel, Porco Rosso, Ponyo sur la falaise.

 

Enregistré pour être ensuite diffusé sur la NHK début septembre 2008, il s'agit ni plus ni moins que l'une des meilleurs direction symphonique dirigé par le sensaï. D'une ampleur renversante, d'un lyrisme majestueux, ces 3 concerts sont des pièces d'une puissance inouïe. Comme pour le moment aucun cd ou même dvd ne sont dispo', ils nous faudra nous contenter des versions youtube directement issue de la diffusion NHK ! On pose un genoux à terre et on se passe l'ensemble en boucle.

 PS : N'oubliez pas la sortie de Ponyo sur la falaise le 8 avril.

 Voici quelques liens pour les flemmards :

Ponyo sur la falaise : http://www.youtube.com/watch?v=JBjbcjWBph8

Mon voisin Totoro : http://www.youtube.com/watch?v=Sm9B_gQJoTs&feature=related

http://www.youtube.com/watch?v=wNtb1AzMmcw&feature=related

Nausicäa de la vallée du vent : http://www.youtube.com/watch?v=kV9WvIAIK5E&feature=related

http://www.youtube.com/watch?v=7hgyForitkQ&feature=related

Princesse Mononoké : http://www.youtube.com/watch?v=DTjXAyDNIcg&feature=related

http://www.youtube.com/watch?v=Q1JWXH97Ktw

Kiki la petite sorcière : http://www.youtube.com/watch?v=GaULGElp0GA&feature=related

Porco Rosso : http://www.youtube.com/watch?v=DlFhMxZM8YM&feature=related

Le voyage de Chihiro : http://www.youtube.com/watch?v=nao7R8CfEiw

http://www.youtube.com/watch?v=hOZIdctu8aU&feature=related

Le chateau ambulant :  http://www.youtube.com/watch?v=KTIOgF_SV5o&feature=related

Cédric GENTAZ

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John McTiernan : leçon de mise en scène  posté le mardi 10 mars 2009 23:12

John McTiernan

Leçon de mise en scène

 

 Predator : Avec Predator, apprenez à gérer un groupe de personne dans un environnement ouvert : la jungle, mais qui paradoxelment va se refermer comme un piège car cloisonner par un ennemi invisible. On voit déjà les contraintes imposés par un tel postulat. Apprenez aussi à donner une sémantique à l'image dans un final d'anthologie quasiment muet qui atteint une dimension mythologique. McTiernan va dépasser les attentes de la commande et des codes du genre et faire de Predator un classique instantané, LE survival ultime pour beaucoup.

 

 Piège de cristal : Avec Die Hard, apprenez à gérer la verticalité, à transformer les cadres et la valeur spatiale en casse tête géométrique. Le plan mathématiquement logique de Hans Gruber s'oppose aux pulsions chaotique de John McClane. Propulser l'homme prolétaire dans une situation impossible face à un terroriste aristo' (Die Hard lutte des classes ?) et le transmuter en une icone majeure du genre. Là encore McTiernan va imposer Piège de Cristal comme le parangon de l'actioner moderne jusqu'au milieu des années 1990.

 

 A la poursuite d'Octobre Rouge : Avec A la poursuite d'Octobre Rouge, apprenez à gérer l'horizontalité dans des espaces confinés à l'extrême (des sous marins).  Trouver aussi le moyen de captiver le spectateur pendant 2 heures sur des tractions politique / diplomatique en pleine guerre froide. Transformer enfin un livre complexe, en aventure quasi flibustière, Ramus interprété par Sean Connery devenant le pendant du Long John Silver de Stevenson. Meilleur film de sous marin jamais tourné.

 

 Last Action Hero : Avec Last Action Hero, apprenez à déconstruire un genre, l'actioner moderne, que vous avez vous même bati en caricaturant avec une ironie mordante les paradigmes vomit "ad nausem" par les concurrents en adoptant une forme cartoonesque. Mais fort d'une intelligence qui va bien au delà des conventions, proposer également une alternative à sa reconstruction dans sa seconde moitié par l'entremise de la réalité dans la fiction. Last Action Hero est également une belle déclaration d'amour au cinema en général.

 

 Une journée en enfer : Avec ce nouveau Die Hard - with a vengeance, véritable suite du premier opus, apprenez à tourner un blockbuster selon les principes formelle de la Nouvelle Vague : caméra épaule, tournage au milieu de la rue avec des passants. Donner l'impression de prendre l'action sur le vif tout en contrôlant parfaitement les cadres, les mouvements brusques. Injecter le maximum de réalisme à ce véritable rollercoaster herculéen qui est le film d'action terminal.

 

 Le 13ème guerrier : Avec Le 13ème guerrier apprenez à gérer le chaos des éléments naturel (comme la pluie, le feu, la boue) et à transformer une épopée évhémérique en pure chanson de geste, tout cela par le ressenti d'une mise en scène physique. Faite un film de résistant qui survivra quoi qu'il en coûte à une post production laborieuse et s'imposera comme un chef d'oeuvre épique rarement égalé qui continuera à faire fantasmer les cinephiles du monde entier sur ses scènes coupées.

 

 Thomas Crown : Avec Thomas Crown apprenez à faire un remake d'un film infinement supérieur à l'original. Retrouver le glamour et le classicisme d'un film Hawksien. Trouver une musicalité dans la mise en scène et le montage des plans. Induire sciemment par la forme à déduire les motivations réels des personnages alors que les dialogues nous disent clairement le contraire. Le caper movie le plus racé jamais fait ?

 

 Rollerball : Avec Rollerball, apprenez à livrer un produit brut, baroque, vulgo et sale qui se débarasse des apparats formelle pour lesquels vos anciennes oeuvres étaient louangées. Plus important, la plasticité sera le socle discursif et contestataire du film, sa rage incandescente à peine ternie par un remontage édulcoré qui travaille à plein régime dans le sens de sa rhétorique. Utiliser tout les moyens de "dégueuli" de l'image à votre disposition : night shot, jump cut à outrance, montage façon mtv, publicité agressive. Combattre le feu par le feu, déborder le système et se positionner en marge. Un peu suicidaire le père McTiernan, mais génial !

Cédric GENTAZ

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